Les longways for as many as will dans la première édition de PlayfordLes longways for as many as will dans la première édition de Playford

Dans la pratique actuelle, le « longways for as many as will » est une danse très prisée par les danseurs qui s’attendent à danser une forme allant du très simple au plus complexe. Elle se développe le plus souvent sur deux phrases A et B répétées, et permet aux danseurs, en relation avec leur partenaire, d’entrer en contact avec tous les autres couples s’étant réunis sur deux lignes face à face, au sein de la même formation.
L’importance de cette formation varie avec les dimensions de la salle de bal et l’envie de danser des participants. Mais, si l’espace s’y prête, il n’est pas rare de voir quinze à vingt couples, voire plus, danser ensemble. Au début du 19ème siècle, le maître à danser Wilson parle d’une collectivité de soixante couples dansant ensemble. On peut dire, dans ces conditions, que l’étiquette « sans limitation de nombre » colle bien à la réalité de la danse.

Il en va autrement dans la première édition du « Dancing Master »de Playford. Trente neuf danses sont listées avec l’étiquette « longways for as many as will » et trente quatre sont représentées avec un diagramme comprenant 8 danseurs, ce qui ne permet pas, à première vue, de les distinguer des seize « longways for eight » répertoriés par Playford. Quatre danses sont proposées pour six couples. Il s’agit de « Once I loved a Mai den fai re », « Lavena », « The Country Coll » et « The Fryar and the Nun ». Une seule danse « Step Stately » qualifiée de « Long Dance » est proposée pour 3, 5, 7 ou 9 couples.

Par ailleurs, en 1651, les longways for as many as will sont des danses longues et complexes. On y trouve des introductions avec set and turn intercalés ou pas, et, en alternance, des parties comprenant des figures progressives ou non progressives. À cet égard, les danses de ce type proposées dans « Sugar and Spice » sont caractéristiques des structures rencontrées et des problèmes qu’elles posent.

1. « Saturday night, Saturday morn » se compose de la première introduction et de trois figures non progressives suivies de trois figures progressives. Au sens strict, on ne devrait commencer la 2ème figure non progressive qu’après avoir parcouru tout le set dans les deux sens et être revenu à sa place de départ, avec la première figure progressive : « and so forward, the rest following in order ». Ceci impliquant de très nombreuses répétitions et une architecture compliquée.
2. « The Maid peeped out of the window » se compose des 3 introductions classiques suivies de 3 figures différentes non progressives se terminant par un set and turn.
3. « Staines Morris » se compose d’une introduction comprenant six doubles et la sé quence set and turn deux fois qui constitue une partie processionnelle dansée par tous, et d’une deuxième partie ou seule la dernière dame progresse vers le haut.

L’étiquette « as many as will » ne signifie plus qu’une certaine danse est destinée à un nombre non limité de danseurs, mais qu’il n’existe dans cette danse aucune figure créant une contrainte en ce qui concerne le nombre des participants (la chaîne simple pour 4 ou 3 danseurs est un bon exemple de figure imposant une telle contrainte). Dans ces conditions, il devient, en principe, indifférent que la danse soit dansée par 3, 4 ou 5 couples pour peu que les musiciens s’adaptent à la situation.

L’enregistrement fige les choses, bien sûr, mais ce n’est pas la seule raison qui m’a fait limiter le nombre des couples à 3 ou à 4 dans les exemples précités. Au-delà de l’histoire de ces danses, je m’interroge toujours sur ce qui va tenir les danseurs en haleine et inversement sur ce qui pourrait épuiser leur intérêt et celui des musiciens. Je pense que le facteur répétition d’un même motif court doit être pensé de manière à ne pas jouer contre la danse.

De nos jours, dans un « longways for as many as will », les danseurs se groupent par 4 ou par 6, et tout le monde commence ensemble. Mais, au début du siècle encore, Sharp note que, parmi les danseurs traditionnels qu’il a pu observer, seuls les deux couples en tête de la formation commencent la danse. Les autres danseurs ne rentrent en jeu qu’à partir du moment où le couple n°1 danse avec eux : «Amongst traditional dancers it is customary for the dance, whether duple minor or triple minor set, to be started by the top minor set only, and for the rest of the dancers to remain neutral until the leading couple reaches them». (Cecil Sharp, C.D.B. part I).

T. Wilson, maître à danser déjà cité, fait la même remarque dans son ouvrage de 1811 « Treasures of Terpsichore ». Il observe que dans le cas d’une assemblée très fournie, plusieurs longways peuvent se former. Ils portent alors des lettres différentes (A – B – C…). Le couple de tête qui a choisi la musique ainsi que les figures à danser sur celle-ci descend tous le set et ne s’arrête que trois places au-dessous de sa place de départ. Au moment de la danse suivante, ce couple prendra place à la fin de la danse : « The couple that are going to call the dance must inform the Master of the Ceremonies both of tune and figure, that he may give directions to the different sets, and direct the band accordingly… When all the couples have gone down the dance, and the couple that called it have regained the top and have gone down three couples, the dance is finished; for the next dance, they stand at the bottom.» (T. Wilson, The etiquette of the ball-room in « Treasures of Terpsichore »).

Je pense que cette modalité devrait s’appliquer aussi aux danses en longways de la première édition, ce qui peut rendre le processus encore plus fastidieux.
Le parti pris moderne qui implique tous les danseurs d’emblée est une manière de déjouer une trop longue attente. De même, on a tendance à rechorégraphier les triple minor sets avec une double progression, pour la même raison.

Le « longways for as many as will » occupe déjà une place de choix dans l’ouvrage de Playford puisqu’il représente le tiers du matériel chorégraphique représenté (104 danses en tout). Cette tendance ne fera que s’accentuer au cours des décennies suivantes, jusqu’à exclure tout autre type de contredanse.

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